Blackploïde - Sciences planétaires
LABEL: Central Processing UnitLe regain de popularité de Blackploid ces dernières années se confirme. Après une période de latence, le projet de Martin Matiske a fait un retour fracassant en 2021 avec deux EPs chez Central Processing Unit. Et il semble bien décidé à poursuivre sur sa lancée : non seulement la nouvelle compilation de Blackploid, Planetary Science, complète le triplé de Matiske pour le label de Sheffield, mais elle sert également de prélude à l'album complet que Blackploid sortira chez CPU en 2023.
Si le LP est aussi bon que les morceaux de cet EP, alors on peut dire sans hésiter qu'on tient quelque chose de génial. Ce dernier contient quatre productions machine-funk de haute volée, dans le style post-Drexciya impeccable qui fait la renommée de Blackploid. Chaque titre de Planetary Science fait honneur à son titre en proposant des morceaux club percutants, agrémentés d'effets sonores évoquant des vaisseaux spatiaux décollant pour le cosmos.
On constate également une progression au sein de Planetary Science. Bien que toujours destiné aux pistes de danse, Planetary Science offre une écoute plus riche et texturée que Strange Stars ou Cosmic Traveler, les précédents albums de Blackploid. On remarque notamment l'utilisation accrue de nappes de synthétiseur, Matiske déployant des progressions d'accords sur tous les morceaux afin de conférer à sa musique une profondeur inédite.
L'évolution subtile de Blackploid est perceptible dès le premier morceau. « Dimension Unknown » débute par un groove d'une précision chirurgicale, évoquant les premiers titres de Legowelt, avant de s'adoucir rapidement avec l'introduction de riches accords de clavier. Quelques bips et blips judicieusement choisis apparaissent et disparaissent du mix, mais là où certains les utiliseraient pour dénaturer davantage le morceau, ils se révèlent ici chaleureux et ludiques.
L'attitude plus agressive du morceau suivant, « Magnetron », en fait le yin du yang de « Dimension Unknown ». Blackploid utilise ici des outils similaires – programmation rythmique mitraillette, accords en harmonie avec une basse percutante – mais une tension et une énergie palpable se dégagent du morceau, absentes de son prédécesseur. Les synthés évoquent légèrement les thrillers spatiaux des années 80, et les effets sonores percent le mix avec plus d'impact.
L'énergie de « Magnetron » se retrouve dans « Wire », le premier morceau de la face B de « Planetary Science ». Dès le départ, une ligne de basse puissante et brutale occupe le devant de la scène : une onde carrée massive, mélange de Dopplereffekt et d'Eskibeat des débuts. Autour de cette ligne se déploie un mélange inquiétant de sonorités synthétisées, dont les éléments sont agencés de manière à recréer le malaise propre à « Magnetron ».
Planetary Science se conclut avec « Neurotransmitter ». Sur ce morceau, Blackploid revient en quelque sorte à ses débuts, trouvant un juste milieu entre l'atmosphère plus aérée de « Dimension Unknown » et l'énergie électrisante de « Magnetron » et « Wire ». La tension est toujours présente, notamment grâce à l'une des lignes de basse les plus sinueuses de l'EP, signée Matiske, mais la finesse des nappes de synthé confère à « Neurotransmitter » une douceur particulière.
Blackploid se prépare pour un prochain album complet sur Central Processing Unit avec Planetary Science, un EP de morceaux électro planants qui élargissent discrètement l'univers sonore du projet.
RIYL :Drexciya, Dopplereffekt, DMX Krew, IF, Annie Hall