RELEASE
Petite Italie - Fragments
LABEL: Futuribile
Naples, 1982. Le tremblement de terre laisse derrière lui ruines et désarroi, malaise et misère, contrebande et héroïne. La reconstruction, ombre menaçante, durera plus d'une décennie ; c'est un marché louche entre bureaucrates et criminels. Naples est un chantier à ciel ouvert et la renaissance se fait attendre. Il y a la « musique-musique » de la puissance napolitaine, qui conquiert la scène nationale, et une énigme sombre et marginale appelée « VESUWAVE » (surtout pour ceux qui ne l'ont pas vécue), qui le reste, même des années plus tard. Naples n'est pas un pays pour les jeunes groupes étrangers à la tradition et au bel canto, tandis que l'industrie du disque vit dans un monde platonique et incorruptible, hors du temps. À cette époque, cinq Lucaniens et trois Napolitains fondent Little Italy, probablement en hommage au quartier new-yorkais du même nom, et inspiré par Talking Heads, Contorsions, Polyrock, B-52's, Konk et Liquid Liquid. Ils ont la liberté d'expérimenter et de faire vibrer les scènes des festivals italiens, plus sensibles aux nouvelles vagues, ainsi que de participer à quelques émissions de télévision. Ils ne passent pas inaperçus, mais malgré leur apprentissage et les kilomètres parcourus en trois ans d'activité (de 1983 à 1985), ils n'ont eu l'occasion d'enregistrer que quelques chansons. « Fragments » est une compilation réalisée à partir d'archives que Futuribile Records sort en vinyle après avoir découvert et restauré d'anciennes bandes inédites de l'époque, mises à disposition par les membres du groupe eux-mêmes. Sept titres qui mettent en lumière un collectif en constante évolution et soulignent leurs motivations et leurs capacités. Little Italy possède une section de cuivres qui leur confère une vivacité chromatique, un groove de guitare funk mutant typique, deux voix féminines fatales et hébétées qui parlent plusieurs langues (anglais, français, italien) récitant des collages de textes cryptiques évoquant la modernité à travers des citations absurdes et cultivées ; Une énergie funk irrésistible dans les lignes de basse et les rythmes de batterie, un clin d'œil au disco subtil d'un son Italo-Musical élégant et raffiné. Un son ultra-sophistiqué, avec une juste dose de fusion et de New Wave authentique, qui, dans ses passages les plus new-yorkais, évoque le son volcanique et intense de Bisca, artiste contemporaine et compatriote, autre membre atypique du groupe. La douce brise méditerranéenne qui souffle sur certains morceaux atteste de leurs origines, et cet exotisme invite Little Italy à s'abreuver à cette oasis d'évasion. Après tout, fuir un monde qui rejette la banalité, c'est bien là l'essence même de la pensée des années 80. (Texte de Fabio Astore)