RELEASE
Shackleton - Le scandale du temps
LABEL: Woe To The Septic Heart!
« The Scandal of Time » clôt une période d'expérimentation prolifique pour Sam Shackleton et fait suite à une série de collaborations (avec Wacław Zimpel, Heather Leigh et Scotch Rolex rien que cette année) pour ce qui constitue son premier album solo depuis 2021. Depuis une dizaine d'années, Shackleton s'éloigne progressivement des pistes de danse, explorant des systèmes d'accordage alternatifs, des sonorités classiques modernes et des rythmes non occidentaux. « The Scandal of Time » n'est pas seulement un condensé, mais un audacieux bond en avant, mêlant des chants folkloriques allemands traditionnels et fantomatiques à des lignes de basse percutantes, des percussions xénharmoniques et des drones planants, sur ce qui promet d'être son dernier album solo pour un certain temps. Anna Gerth récite un chant folklorique allemand familier du XVIe siècle sur « Eine Dunkle Wolke », chantant distinctement sur des sonorités électroniques psychédéliques et une rythmique de batterie saccadée. Lorsque des basses fréquences percent le mix, ce n'est pas pour alourdir le tout, mais pour enrichir la dimension méditative de la composition. On est presque dans le trip-hop, d'une manière oblique, non pas dans cette veine superficielle et artificielle qui refait surface, mais dans une sonorité psychédélique authentique, teintée de l'étrangeté d'un miroir brisé, à la manière des premiers albums de Mo'Wax. Shackleton fige et cristallise cette dynamique, même dans les passages les plus vaporeux de l'album ; « There is a Seed » et « The Dying Regime » sont des morceaux complexes, où le chant se fait murmure d'étranges murmures plutôt que accrocheur. Sur le premier, des mots désincarnés s'enroulent autour de percussions élastiques et de sonorités électroniques gluantes, tandis que sur le second, Shackleton étire les mots en chants choraux, laissant des rythmes sud-asiatiques aériens mijoter lentement avec une basse profonde et des bourdonnements folk envoûtants. Lorsque Gerth revient sur « Es Fiel ein Reif », elle est transportée dans l'univers des poètes romantiques, récitant un poème chanté du XIXe siècle d'Anton Wilhelm von Zuccalmaglio, écrivain et chercheur allemand spécialisé dans le folklore, qui affirmait que les paroles étaient tirées de l'histoire ancienne. Shackleton et Gerth explorent ici un surréalisme sinueux, mêlant piano à pouces, tourbillons de métallophone, chœurs fantomatiques et claquements de mains vibrants. « Faraway Flowers » suit, brouillant les voix sous des rouleaux de piano en écho et une pluie numérisée, nous rapprochant inexorablement de la conclusion envoûtante de l'album. « Abend Wird Es Wieder » est un final parfaitement étrange, une brume envoûtante de voix stoïques et d'une instrumentation subtile, à la sonorité cinématographique sans se conformer à aucune règle. L'univers étrange et hantologique créé par Shackleton témoigne de ses années de travail aux frontières de la musique bass expérimentale. Il a réussi à nous guider à travers tant de styles musicaux disparates qui ont ici finalement été cousus ensemble dans un seul et même récipient surprenant.