Freestyle Fellowship - Griots du centre-ville
LABEL: Be With RecordsLe vinyle original est aujourd'hui extrêmement rare, et bien sûr, le son en pâtit puisqu'il n'a pas été officiellement commercialisé en double album. Cette réédition de Be With remédie à ces deux problèmes et, pour être complète, inclut également « Pure Thought », titre phare de la version CD. Ce formidable exemple de hip-hop créatif sonne mieux que jamais.
Freestyle Fellowship comptait parmi les premiers groupes de rap californiens à la technique époustouflante. Mikah 9, PEACE, Aceyalone et Self Jupiter, accompagnés de DJ Kiilu, ont forgé leur talent lyrique légendaire dans l'atmosphère ultra-compétitive du Good Life Cafe. Fondé à Leimert Park, dans le sud de Los Angeles, en décembre 1989, ce café-épicerie bio à l'ambiance décontractée était le lieu de rencontre des meilleurs rappeurs de la ville, venus y faire étalage de leurs talents d'improvisation lors des scènes ouvertes du jeudi soir.
Innercity Griots a été décrit comme la pierre de Rosette du rap. Leurs textes denses et percutants, ainsi que leur interaction remarquable, leur ont rapidement valu l'attention et le respect de la scène hip-hop underground new-yorkaise. Échangeant des rimes acrobatiques avec une agilité et une grâce frénétiques, les membres du groupe utilisaient leurs voix comme de véritables instruments, tels de véritables virtuoses, et improvisaient des couplets à la manière d'un solo de saxophone de Coltrane.
Avec la majeure partie de la production assurée par The Earthquake Brothers, et Bambawar, Daddy-O et Edman aux commandes de certains morceaux, Innercity Griots oscille entre musique organique et musique programmée, délaissant en grande partie le sampling au profit d'improvisations jazz en direct. Des titres comme « Red Clay » de Freddie Hubbard et « Black Comedy » de Miles Davis ont servi de base aux compositions du groupe maison, The Underground Railroad Band. Comme le soulignait Pitchfork dans sa récente critique (9/10) de cet album devenu un classique : « Freestyle Fellowship incarnait le style et l'esprit du jazz à un niveau fondamental. Ils partageaient le flegme et la force brute des grands musiciens de bebop des années 50 sans tomber dans la parodie jazz-rap. Leur jazz inné était palpable et authentique. »
L'approche musicale singulière du groupe se retrouve dans ses textes. Délaissant les clichés rap éculés de l'époque, cet album aux multiples facettes explore leurs réflexions sur l'avidité et le sans-abrisme, le cannabis, le sexe, la survie, l'insécurité et le tribalisme.
Remasterisé par Simon Francis pour double vinyle et gravé par Pete Norman, nous espérons que cette réédition tant attendue d'Innercity Griots comblera les légions de fans envoûtés par la majesté de cet album. Elle devrait également faire découvrir à de nouveaux auditeurs un autre classique méconnu.