Julie Driscoll, Brian Auger & The Trinity - Streetnoise
LABEL: Soul Bank MusicL'album Streetnoise de Brian Auger, enregistré en 1969 avec Julie Driscoll et The Trinity, est un jalon de l'éclectisme de la fin des années 1960. Les frontières entre jazz, rock, folk et soul s'y estompent pour former un chef-d'œuvre cohérent et inclassable. Auger, désireux d'orienter The Trinity vers un avenir plus lointain, loin de leurs débuts R&B et jazz, a créé avec Streetnoise, en collaboration avec Driscoll, un disque qui incarnait leur vision progressiste commune. La voix envoûtante de Julie offrait un contrepoint parfait à l'instrumentation novatrice d'Auger, donnant naissance à un son à la fois avant-gardiste et profondément soul. « Nous voulions bousculer les conventions », se souvient Auger. « Chaque morceau était un terrain d'expérimentation, une invitation à repousser les limites. » La pochette dépliable de l'album, conçue par Ralph Steadman et inspirée des gravures satiriques de William Hogarth (XVIIIe siècle), était aussi révolutionnaire que sa musique. Il ne s'agissait pas d'une simple reprise, mais d'une prise de position audacieuse sur l'art et la société, reflétant parfaitement le mélange de respect de l'histoire et d'innovation avant-gardiste propre à la musique. Musicalement, Streetnoise est un kaléidoscope de styles, allant du jazz et du R&B à la fusion, en passant par le folk, le rock et des touches de gospel. « Ellis Island » et « Finally Found You Out » sont deux morceaux instrumentaux intenses qui incarnent la fusion intense de jazz et de rock qui a fait la renommée du groupe. « Indian Rope Man » est l'un des titres phares. Reprise de l'original de Richie Havens, qui a inspiré « Indian Rope » des Charlatans, et « All Blues », une réinterprétation audacieuse du chef-d'œuvre emblématique de Miles Davis, « Kind of Blue », où la performance vocale de Driscoll est sans doute le point fort. « Flesh Failures (Let the Sunshine In) » est une reprise d'une beauté envoûtante du final de la comédie musicale Hair. Les compositions originales d'Auger, de l'instrumental d'ouverture « Tropic Of Capricorn » au morceau introspectif pour piano et voix « Looking In The Eye Of The World », témoignent de la multiplicité des talents de Brian. Salué pour son audace créative sur l'ensemble de ses 16 titres, l'album est un hommage à la vision artistique de Brian Auger et Julie Driscoll. Il demeure un incontournable pour quiconque s'intéresse aux intersections dynamiques du jazz, du rock et de la soul. Sa réputation n'a cessé de croître au fil du temps, confirmant son statut de pierre angulaire de la musique expérimentale.