Noumen - Altum
LABEL: Central Processing UnitAprès six ans d'absence, Noumen fait son grand retour chez Central Processing Unit avec Altum. Ce disque imposant, quatrième opus de l'artiste ukrainien pour le label de Sheffield et premier depuis le double album Obscurium sorti en 2019, nous rappelle pourquoi la musique de Noumen a été encensée par des médias tels que Mixmag et Resident Advisor. Altum est une œuvre magistrale de production électronique contemporaine, une exploration technoïde des frontières de l'électro, rendant hommage aux grands noms du genre comme Autechre tout en conservant un charme singulier. Pendant plus d'une heure, Noumen déploie un jeu de rythmes mid-tempo percutants sur des synthés aux sonorités plus cérébrales. Altum s'ouvre sur l'épique « Oion » : débutant dans cette zone mid-tempo à la Autechre/AFX, emplie de sonorités abyssales, le morceau monte progressivement en puissance jusqu'à un final de claviers saturés de delay qui nous transportent dans les confins du cosmos, évoquant presque Sun Ra. C'est un rouleau parfait pour explorer les espaces liminaux et une mise en scène idéale pour Altum.
« Oion » sert de modèle à plusieurs autres morceaux phares de l'album : nombre d'entre eux adoptent la même approche, alternant percussions puissantes et synthés tout en douceur. Le deuxième titre, « Splitter », prend le relais d'« Oion » en poussant la grosse caisse à des niveaux dignes d'un entrepôt ; les rythmes de « Far Wind » crépitent comme une aiguille qui zappe sur un drop de Tresor du milieu des années 90 ; « Fate Carette », avec ses boucles de synthé envoûtantes, est un point fort alors que l'album aborde sa dernière ligne droite. La production rythmique (qui, il faut le souligner, est exemplaire tout au long d'Altum) gagne en intensité sur quelques morceaux. « Telemask » propose un breakbeat délicieux ; si on m'avait dit qu'il était samplé de l'âge d'or d'A Tribe Called Quest, je l'aurais cru. Les titres phares de la partie centrale, « Awe » et « Axis », sont des morceaux glitchés dans la veine de Mike Paradinas, ce dernier offrant en prime de superbes leads de synthé aux sonorités de steel pan. Si Altum conserve généralement un rythme processionnel, Noumen durcit parfois le jeu de batterie pour l'adapter aux clubs : « Unveilness » révèle une profondeur impressionnante dans les graves, le titre de clôture « Spurling Sign » propose un groove entraînant et satisfaisant grâce à des synthés toujours plus superposés, et le morceau éponyme est un funk électronique extraterrestre dans la lignée d'autres artistes électro du label comme Silicon Scally et Cygnus. Le troisième album de Noumen pour Central Processing Unit est un double LP d'une belle ampleur qui s'inspire de l'inventivité débridée de groupes tels que Modeselektor et Autechre pour un résultat des plus réussis.