Fernando Falcao - Mémoire des eaux
LABEL: Selva DiscosIl est parfois facile de comprendre pourquoi certains albums peinent à trouver leur public et tombent dans l'oubli peu après leur sortie. Mais pourquoi « Memória das Águas », le premier album de Fernando Falcão, sorti uniquement au Brésil, n'a-t-il pas été reconnu comme le chef-d'œuvre qu'il est dès sa sortie ? Cela restera à jamais un mystère. Peut-être est-ce dû au fait qu'il est paru treize ans après que Falcão ait dû fuir son pays natal suite à ses manifestations contre le régime militaire brésilien en 1968, ce qui ne lui a pas permis d'acquérir la notoriété qu'il méritait au Brésil. Le fait qu'il soit sorti plus de deux ans après son enregistrement en France, son nouveau pays d'adoption, en 1979, n'a probablement pas non plus favorisé les ventes. Bravo donc à Selva Discos d'avoir remis sur le marché cet album rarissime et injustement méconnu, car il mérite d'être découvert par tous.
« Memoria das Águas » est un mélange unique et captivant de styles brésiliens traditionnels et modernes, de musique classique postmoderne, d'ambient, de jazz, d'expérimentations sur bande magnétique et de sonorités abstraites issues des instruments artisanaux de Falcão, comme le balauê, une version horizontale du berimbau, instrument à cordes qui produit le son fluide et aquatique qui a donné son nom à l'album. Le balauê est introduit dès le morceau d'ouverture, une symphonie miniature saisissante qui s'enfonce lentement dans des profondeurs vertigineuses. Avec « Amanhecer Tabajara », Falcão invoque les esprits afro-brésiliens et latino-américains dans une ambiance de Quatrième Monde à la Jon Hassell, avant de s'aventurer dans l'univers d'Edu Lobo avec « Revoada » et de capturer les sonorités d'un bazar animé avec « Mercado ». L'époustouflant « Curimão » est la pièce maîtresse de ce brillant album : une samba de six minutes au rythme effréné, portée par des cuivres déchaînés, des percussions explosives et des claquements de mains frénétiques qui laisseront sans voix tout auditeur non averti. « Solito » vient clore cet album d'un équilibre remarquable, révélant le souci du détail de Falcão avant qu'il ne livre enfin toute son âme dans le final grandiose et artistique qu'est « Danado Cantador ». « Memória das Águas » est un chef-d'œuvre à la production soignée, digne d'une place plus prestigieuse dans l'histoire de la musique. (RO)